Le cruel amour vainqueur

J. Chardavoine

Le cruel amour vainqueur

De ma vie sa sugette,

M'a si bien escrit au cœur

Votre nom de sa sagette,

Que le tems qui peut casser

Le fer et la pierre dure

Ne le sçauroit effacer

Qu'en mon vivant il ne dure.

Mais votre cœur obstiné,

Et moins pitoyable encore

Que l'Ocean mutiné

Qui baigne la rive more,

Ne prent mon service à gré,

Ains à d'immoler envie

Le mien, à luy consacré

Des premiers ans de ma vie.

Juppiter époinçonné

De telle amoureuse rage,

A jadis habandonné

Et son throne et son orage:

Car l'œil qui son cœur estraint

Comme estraintz ores nous sommes

Ce grand Seigneur a contraint

De tenter l'amour des hommes.

Impatient du desir,

Naissant de sa flamme esprinse,

Se laissa d'Amour saisir,

Comme une despouille prise.

Puis il a bras, teste, et flanc,

Et sa poictrine cachée

Sous un pleumage plus blanc

Que le lait sur la jonchée.

En son col mit un carcan

Avec une chaine, ou l'œuvre

Du laborieux Vulcan

Merveillable se déscœuvre,

D'or en estoyent les cerceaux,

Piolés d'aimal ensemble,

A l'arc qui noite les eaux

Ce bel ouvrage resemble.