Le Timide
J. Cornelius II
Chaque jour, je la vois, charmante, gracieuse,
Au milieu de ses fleurs, sous l'oranger fleuri;
Mais quand de son doux chant la note harmonieuse
Vient raviver les feux de mon coeur attendri,
Pourquoi, timide, il faut qu'en mon ivresse extrême
Je ne puisse jamais dire à celle que j'aime:
Chante toujours,
O mes amours!
Chante, chante toujours?
Ravi, brulant d'amour à ses côtés, j'admire
Ses grâces, sa beauté, son regard enchanteur;
Pourtant, quand de sa lèvre un suave sourire,
Comme un reflet du Ciel vient embraser mon coeur,
Pourquoi, timide et faible, en mon extase même
Je n'ose dire, hélas! à la dive que j'aime:
Souris toujours
O mes amours!
Souris, souris toujours?
Le soir dans son hamac, j'aime à la voir rêveuse.
Oh! quand elle murmure, en un souffle amoureux
Un nom, un tendre aveu qu'en mon âme joyeuse
J'écoute, avec amour, comme un chant des Cieux;
Pourquoi, croyant, doutant, à ce moment suprême,
Je ne puisse, oh! mon Dieu, dire à l'ange que j'aime:
Rêve toujours,
O mes amours!
Rêve, rêve toujours?