La leçon

J. de La Borde

Alexine à Coridon

Tenait ce langage;

Bien que ce fut en chanson,

C'était une leçon.

Un pigeon quitta son ménage,

Sa tendre moitié, ses petits,

Pour une alouette volage

Dont le caquet l'avait épris.

Il voulut en même temps

Prendre le ramage

De ces étourdis d'amants

Que l'on trouve charmants.

Toujours pigeon, quoique volage,

Notre pauvre amant roucoulait;

Croyant imiter le langage

De celle qui le persiflait.

Moqué, confus, éconduit,

Objet de risée,

Il revint bientôt sans bruit,

Retrouver son réduit.

Sa tendre moitié désolée

Lui parut belle en ce moment;

Quand de dépit l'âme est troublée

On vante alors le sentiment.

L'époux qu'elle revoyait

L'avait délaissée;

Souvent elle s'en plaignait,

Et souvent l'ennuyait.

Soupir d'une belle offensée

Effraye et charme un tendre amant;

Mais quand la tendresse est passée,

Soupir fatigue l'inconstant.

L'humeur, et l'air emprunté

Que l'ennui fait naître,

Fit qu'ils vécurent sans gaieté

Chacun de leur côté.

Pour un bien qu'on cherche à connaître

On abandonne un doux lien;

Puis l'erreur vient à disparaître,

Et souvent il ne reste rien.