Ces yeux doux et glacez m’ont si doucement pris

J. de Maletty

Ces yeux doux et glacez m'ont si doucement pris

Que je m'estime heureux de m'estre laissé prendre,

Et si ne veux rien moins que devant eux apandre

En trophée immortel, mon cœur qu'ilz ont surpris:

Maistresse, aussi n'ay-je à si haut entrepris

Que pour te bien servir, t'obeir et entendre

Et puis qu'A ninfe esnee Anne je veux espandre

A ta divinité mes soupirs et mes cris.

Je veux donc pour monstrer que ma perseverance

Enfin merirera quelque haute recompence,

T'honorer, te servir, t'eslever jusqu'aux cieux,

Et haut voler ton nom, d'une immortelle sorte:

Non, non pas jusqu'au ciel, de peur qu'il ne m'emporte

Le plaisir de te voir, agreable à mes yeux.