Cantate pour le tricentenaire de Maximilien de Béthune, Duc de Sully
J. Françaix
Adieu, maisons, châteaux, armes, canons du Roi,
Adieu, conseils, trésors, déposés à ma foi,
Adieu, faveurs, grandeurs, adieu, le temps qui court,
Adieu, soin de l'État, amour de ma Patrie,
Laissez moi en repos finir aux champs ma vie,
Surtout, adieu, mon Maître, à mon cher Maître, adieu!
Non pour moi, mais les miens,
Souvenez-vous du lieu qu'autrefois
j'ai tenu près du Roi notre Père:
Faites vous raconter quelque jour la misère et la nécessité
dont mon soin le tira;
Je ne veux pour témoins, si la France empira
Pendant mon maniement, que la seule créance
De ceux qui m'ont ravi états et récompense;
Car les puissants du temps sont de telle nature
Que nul n'aura en Cour, s'il n'est leur créature,
S'il n'a haï le Roi, s'il ne dessert l'État,
Honneur, faveur, grandeur, bien, charge ni état;
Et ce grand nom sacré de Roi tant vénérable
Ne sera dans leurs cœurs qu'une ombre et qu'une fable.
Pour moi ayant été serviteur d'un grand Roi,
Conservé en tous lieux mon honneur et ma foi
Sans haine et sans envie maintenant je n'aspire
Qu'à glorifier cette ombre en voire fleurir l'empire,
Suppliant ce grand Dieu qu'encore un jour le Roi,
La France ni l'État n'ayent besoin de moi!