Les Musiciens

J. Gallon

Assis dans un coin obscur du souk,

j'écoutais les musiciens de Debila.

Autrefois, ma bien-aimée a parcouru ce pays.

Autrefois, ma bien-aimée a entendu chanter les flûtes

et résonner les touboûls de Debila.

Maintenant, je l'ai dit, ma bien-aimée est retournée à Dieu,

et je la cherche dans la musique qu'elle préférait.

Si j'interrogeais les musiciens de Debila,

se souviendraient-ils d'avoir vu

passer Messaouda dans les jardins de leur pays?

Me diraient-ils que leur musique n'est déchirante

que parce que Messaouda ne se promènera plus

dans les jardins de Debila?

Ils jouaient, les paupières closes,

la tête renversée, comme ployés

sous un baiser profond, douloureux, acharné...

Je ne leur demanderai pas s'ils ont

connu ma bien-aimée, car on ne demande pas

aux rossignols du mois de Rebi-el-Aouel

s'ils chantent pour la nuit embaumée

ou pour les étoiles qui se sont éteintes.