Daphné
J. Hignard
C'est au pays où naît le jour,
Dans la fertile Thessalie,
Que Daphné va rêvant d'amour.
Mais l'imprudente, hélas, oublie
Que plus d'un berger d'alentour
La sait gracieuse et jolie.
Apollon exilé loin du maître de Dieux
Gardait alors les champs et les troupeaux d'Admète.
Il voit passer Daphné qu'il suit longtemps des yeux.
Il faut qu'à ses désirs, sa beauté se soumette!
Le long du chemin escarpé,
Il poursuit la jeune mortelle
Dont les charmes l'ont tant frappé!
Il court, et son ardeur est telle,
Que dans les vallons du Tempé
Il ne voit rien si ce n'est elle!
Bientôt il la rejoint, son pas presse son pas.
En vain l'éclair jaillit, en vain Jupiter tonne!
Daphné se traîne à peine et n'échappera pas.
Rien ne peut la soustraire au blond fils de Latone.
L'air est brûlant, le chemin long,
Daphné s'épuise et fait entendre
Sa plainte aux échos du vallon.
Ses mains, vers le ciel, vont s'étendre
Quand à ses côtés, Apollon
La couvre d'un regard plus tendre;
Il la saisit déjà... mais son œil étonné
Ne voit plus qu'un laurier qui balance sa tête...
Et de ce jour, le dieu, pour honorer Daphné,
De son feuillage vert couronna le poète.