Vous dansez, marquise

J. Lemaire

Vous danzes, marquise,

D'un pied si léger

Qu'en passant, la brise

Ne peut moins peser,

La fleur est sans grâce,

Certe, auprès de vous,

L'oiseau, dans l'espace,

De vous est jaloux,

Un parfum qui grise

Fait d'ambre et d'iris,

Vient de vous, marquise,

À mon coeur épris.

La mouche que pose

Marton chaque jour

Sur votre front rose,

Appelle l'amour.

Sur vos noirs cheveux

la poudre jette,

Marquise coquette,

Un frimas tremblant

Et de vous grands yeux

Jaillit la flamme

Qui pénètre l'âme

De votre amant.

Comme en dansant tous deux la gavotte,

Colin disait à Javotte,

"À toi

Ma foi!"

Ainsi quand nous allons en cadence

Tout au plaisir de la danse,

Mon coeur,

Sans peur,

Répète que c'est vous que j'adore

Mon regard le dit encore.

Si doux

Pour vous!

Fermez votre éventail quim'empêche

De voir votre teint de pêche,

Vos yeux

Si bleus.

Et quand je vous aime

D'une folle ardeur

D'un bonheur suprême

Remplissez mon coeur:

Votre êtes trop belle,

Moi trop malheureux,

Soyez moins cruelle,

Comblez tous mes voeux!

Voyez comme on danse

La main dans la main,

Allons en cadence

Jusqu'au doux hymen.

Vous dansez, marquise,

D'un pied si léger

Qu'en passant la brise

Ne peut moins peser.