Horace et Lydie

Massenet, Jules

Horace

Du temps où tu m'aimais, Lydie,

De ses bras nul autre que moi

N'entourait ta taille arrondie;

J'ai vécu plus heureux qu'un roi.

Lydie

Du temps où j'étais ta maîtresse,

Tu me préférais à Chloé;

Je m'endormais à ton côté,

Plus heureuse qu'une déesse.

Horace

Chloé me gouverne à présent,

Savante au luth, habile au chant,

La douceur de sa voix m'enivre.

Je suis prêt à cesser de vivre

S'il fallait lui donner mon sang.

Lydie

Je me consume maintenant

Pour Calaïs, mon jeune amant,

Qui dans mon cœur a pris ta place.

Je mourrai deux fois, cher Horace,

S'il fallait lui donner mon sang.

Horace

Eh quoi! si dans notre pensée

L'ancien amour se rallumait?

Si ma blonde était délaissée?

Si demain Vénus offensée

A ta porte me ramenait?

Lydie

Calaïs est jeune et fidèle,

Et toi, poète, ton désir

Est plus léger que l'hirondelle,

Plus inconstant que le zéphyr;

Pourtant, s'il t'en prenait envie,

Avec toi j'aimerais la vie;

Avec toi je voudrais mourir.