L'heure volée

Massenet, Jules

« Sonneur qui sonne l'heure et l'heure

Sur la ville dans le clocher,

L'heure grave d'ouïr prêcher,

celle où l'on rit, celle où l'on pleure,

Qui sonnes, été comme hiver,

Les baptêmes, les agonies,

La mort aux affres infinies

Et l'hymen souvent plus amer,

Dis, sonneur, qui jusqu'au soir blême

Tires la corde à tour de bras,

Pourquoi l'homme n'entend-il pas

L'heure exquise, l'heure où l'on aime? »

Et le sonneur répond:

« Pourtant, comme les autres je la sonne;

Est-ce ma faute si personne

En ce bas monde ne l'entend?

Dès que l'Orient s'ensoleille,

Devrait tinter l'heure d'amour;

Mais un séraphin fait de jour

Entre au clocher et me surveille;

Et d'une adroite main, tandis

Que je sonne, avant qu'elle sorte

Il l'a prend au vol et l'emporte

Pour les anges au paradis! »