La mort de la cigale

Massenet, Jules

Quand les blonds épis mûrs ondoyant dans la plaine

S'inclinent accablés sous le grand ciel dormant

Et semblent annoncer qu'elle n'est plus lointaine

L'heure où ruisselleront les flots d'or du froment,

Comme des condamnés, offrant leur tête pleine

De l'espoir des hivers, un seul enchantement

Les berce dans l'oubli de la moisson prochaine.

Le blé qui va mourir écoute vaguement

La cigale entonnant ses notes frémissantes.

Voici les moissonneurs! Leurs faucilles grinçantes

Abattant les épis découronnent l'été

Et fidèle au destin des blés, triste, muette,

La cigale s'endort, comme meurt un poète,

Lasse d'avoir vécu, fière d'avoir chanté!