Les enfants
Massenet, Jules
On ne devrait faire aux enfants
Nulle peine, même légère.
Ils sont si doux, ces innocents,
Suspendus au sein de leur mère!
Dieu mit dans leurs yeux caressants
Comme un rayon de sa lumière.
Quand ils vont à pas chancelants,
Le lys s'incline jusqu'à terre,
Et les voyant passer si blancs,
Le tourtereau se croit leur frère!
Ils tiennent des propos touchants
A la nature tout entière,
Aux animaux, aux fleurs des champs,
Qui répondent à leur manière.
Vous dites: Ce sont des tyrans!
Mais leur empire est débonnaire,
Et savent-ils, les ignorants!
Que leur chanson peut vous déplaire.
Ingrats! leur clairs gazouillements
Sont comme un baume salutaire.
Ce sont eux qui dans vos tourments
Arrivent seuls à vous distraire.
Aussi, soyez leurs indulgents,
Pour eux jamais de front sévère,
Les chérubins ont bien de temps
De connaître notre misère.