Mon page

Massenet, Jules

J'ai pour page un bel escholier

Qui m'aime d'une façon folle.

C'est un superbe cavalier,

Quand pour me plaire, il caracole;

Et quand, me faisant un collier

De longs baisers, il rossignole

A mon cœur son chant printanier,

Je suis sa Reine et son Idole!

Mon beau page n'a pas vingt ans:

Ainsi qu'un héros d'épopée

Dans la vie il s'en va chantant

L'âme de moi seule occupée.

Dans les plis d'un drapeau flottant

Son âme est comme enveloppée.

Il est plus fier qu'un capitan

Et plus brave que son épée.

Mon page de tous est jaloux.

«Femme, dit-il, n'est jamais sûre...»

Si d'un homme un regard trop doux

Se posait sur moi, d'aventure,

Mon page, au feu chauffant des clous,

Dans ses yeux mettrait leur brûlure

Et je jetant à mes genoux,

Dans son sang laverait l'injure...

A mon page est donné ma foi.

A tout jamais, sans peur mes quine,

Je suis à lui, il est à moi:

Ma vie, de sa vie est cousine.

Son amour est ma seule loi:

Loin de sa tendresse câline

Je mourrais: mon Page est mon Roi.

Près de lui mon cœur s'illumine...