Narcisse à la fontaine
Massenet, Jules
Enfin, elles s'en vont, là-bas, sous les grands chênes
Je suis seul... Et je puis t'abandonner mon cœur,
attrait mystérieux qui dans ces lieux m'enchaînes,
Sans craindre leur regard moqueur.
Ô fontaine calme et limpide
Où du céleste azur brille la pureté,
Je viens dans ta splendeur humide
Contempler la beauté
Dont mon âme de jour en jour est plus avide!...
Ô fontaine calme et limpide
Où du céleste azur brille la pureté,
Montre la moi toujours!... cette beauté!...
Ô fontaine! je viens
Vers toi! vers toi!
Narcisse vient vers toi!...
La voilà!
Je m'approche... elle s'approche aussi.
Je souris... aussitôt je la vois me sourire,
Si je m'attriste, et si ma voix soupire,
Il semble que son front soudain soit obscurci.
Mais, hélas! sort funeste!
Si ma lèvre se tend vers elle et veux poser
Sur sa lèvre
Vers moi tendue un seul baiser...
Elle s'enfuit, l'eau se trouble.... il ne reste rien d'elle,
Et mon bonheur fragile est emporté!
Ô fontaine calme et limpide
Où du céleste azur brille la pureté,
Montre la moi toujours, toujours, cette beauté!...
Ô fontaine! je viens vers toi! vers toi!
Narcisse viens vers toi!...