Soir de printemps

Massenet, Jules

Douce! Faut-il t'aimer, te chanter tour à tour?

De suite, j'obéis, Ah! qu'obéir me flatte! --

Mais ne ris pas de mon amour;

Ne te montre jamais ingrate.

...Ensemble élevons-nous, unissant nos esprits;

Partons avidement vers l'idéal céleste.

Lorsque nos cœurs auront compris

Cette ardeur qui se manifeste

Dans les voluptueux et longs enchantements;

Cette ardeur que le plus pur, le plus exquis rêve

Ne peut révéler aux amants:

Sans fin, sans fatigue, sans trêve,

Nous goûterons alors notre félicité.

A l'horizon pour mieux faire éclater nos âmes,

Le bonheur longtemps souhaité

Se dessinera dans les flammes.

Ta beauté jettera d'étincelants reflets,

Que pour moi, trop jaloux égoïste, tu voiles,

Quand nous serons dans ce palais

Au parc tout ensemé d'étoiles.

Volons vers cet éden où l'on vit sans témoin,

Délaissant les soucis, les plaintes importunes.

Nos frères, nos sœurs seront loin!

Combien plus loin leurs infortunes!

Le désir nous emporte au bonheur immortel:

Suivons-le, bienheureux, sans hésiter encore.

Dirons-nous qu'il manque un autel,

Dans ce séjour, pour prier Flore?

Non; puisque nous baisant, quand nos bras épuisés

Ne nous enlaceront plus, l'un et l'autre esclaves,

Nous baptiserons nos baisers

De noms des fleurs les plus suaves.

Et si nous rencontrons Vénus devant nos pas,

Ne pleure pas! malgré que les pleurs aient leurs charmes.

-- La nuit ne donne-t-elle pas

Sa rosée en guise de larmes! --

Ne pleure pas!... mais brille auprès de son flambeau.

Paris, qui fit ce don à sa grâce coquette,

A toi t'en décerne un plus beau:

Faire aimer, chanter le poète!