Sonnet païen

Massenet, Jules

Rosa, l'air est plus doux qui baigne ta poitrine;

Avril emplit d'odeurs les feuillages ombreux.

-- Tout renaît, et, le long des sentiers amoureux,

Partout saigne la rose et neige l'aubépine!

La fleur sous les boissons entr'ouvre un œil peureux

Et livre au vent du soir l'or de son étamine.

-- Tout aime! -- Viens, Rosa, les amants sont heureux

À l'ombre du grand bois qui pend à la colline!

Mais, Rosa la prêtresse ignore les frissons

Qu'avril nous porte avec ses blanches floraisons;

Jamais les doux gazons n'ont baisé sa sandale.

Des ténèbres du temple elle cherche l'horreur,

Et, du feu qui nous brûle, immoble vestale,

Garde, comme un autel, le tombeau de son cœur.