Vieilles lettres

Massenet, Jules

Quand chauffant nos pieds aux tisons.

En rêvant, nous vous relisons,

Vieilles lettres toutes fanées,

O vieilles lettres d'autrefois!

Nous croyons sentir sous nos doigts

Refleurir nos fraîches années.

Votre papier terne et jaune,

S'éclaire du rayon béni

De notre jeunesse ravie,

Et nous revoyons, grâce à vous,

Ces temps heureux, ces temps si doux

Qui sont l'aurore d'une vie!

Grâce à vous, pour quelques instants,

Les chaudes teintes du printemps

Se mêlent aux pâleurs d'automne,

Et c'est un peu de nous enfin

Que sur ces riens de papier fin

En sa bonté Dieu nous redonne!

Sous la poussière voile épais,

Vieilles lettres, dormez en paix,

Moitié larmes, moitié sourire;

Vous êtes les témoins certains

Des beaux jours, hélas! si lointains...

Honte à celui qui vous déchire!

Vieilles lettres...

Vieilles lettres... d'autrefois!