Le soir descend sur nous

J. Plaza

Le soir descend sur nous, le soir silencieux.

Nous rêvons, enlacés depuis de longues heures,

Sans rien dire, oubliant le monde et ses vains leurres,

Comme si nous étions seuls vivants sous les cieux.

Mais voici que nos fronts deviennent soucieux;

Tu te sens bien heureuse, et cependant tu pleures;

Et moi, qui n'ai pas eu de minutes meilleures,

Ainsi que toi, pourtant, j'ai des pleurs dans les yeux.

C'est que la vision subite de la vie,

Comme une ombre, a passé sur notre âme ravie...

Alors nous frissonnons, nous nous serrons plus fort,

Et nous songeons tous deux que la nuit est trop brève,

Qu'il faudrait s'endormir ensemble dans la mort

Pour fixer à jamais la douceur de son rêve.