L'amour m'a fait la peinture de Daphné
J. Schönfeld
L'amour m'a fait la peinture
De Daphné, de ses malheurs;
J'en vais tracer l'aventure.
Puisse la race future
L'entendre, et verser des pleurs!
Daphné fut sensible et belle;
Apollon, sensible et beau:
Sur eux l'amour, d'un coup d'aile,
Fit voler une étincelle
De son dangereux flambeau.
Daphné, d'abord interdite,
Rougit voyant Apollon:
Il l'approche, elle l'évite;
Mais fuyait-elle bien vite?
L'Amour assure que non.
Le dieu qui vole à sa suite,
De sa lenteur s'applaudit.
Elle balance, elle hésite:
La pudeur hâte sa fuite;
Le désir la ralentit.
Il la poursuit à la trace,
Il est prêt à la saisir.
Elle va demander grâce:
Une nymphe est bientôt lasse,
Quand elle fuit le plaisir.
Elle désire, elle n'ose.
Son père voit ses combats;
Et par sa métamorphose,
A sa défaite il s'oppose.
Daphné ne l'en priait pas.
C'est Apollon qu'elle implore:
Sa vue adoucit ses maux;
Et vers l'amant qu'elle adore,
Ses bras s'étendent encore
En se changeant en rameaux.
Quel objet pour la tendresse
De ce malheureux vainqueur!
C'est un arbre qu'il caresse:
Mais sous l'écorce qu'il presse,
Il sent palpiter un cœur.
Ce cœur ne fut point sévère;
Et son dernier mouvement
Fut, si l'Amour est sincère,
Un reproche pour son père,
Un regret pour son amant.