Pauvre Colinette

J. Weckerlin

Lorsque nous courions tous deux

Dans la verdoyante allée,

Comme elle était essoufflée,

Comme j'étais radieux!

Le pinson et la fauvette

Chantaient nos chastes amours;

Les oiseaux chantaient toujours:

Pauvre Colinette!

Sur ce banc, ce fut un soir,

Notre dernière entrevue:

J'avais l'âme toute émue,

Je l'aimais, sans le savoir!

Cachant ma peine secrète

Je lui dis, prenant sa main:

Adieu jusqu'à l'an prochain,

Pauvre Colinette!

C'était un jour de printemps,

Quand je revins au village,

Les oiseaux dans le feuillage

Souriaient à mes vingt ans:

J'aperçois la maisonnette

Parmi les lilas en fleurs,

J'écoute on versait des pleurs!

Pauvre Colinette!

Un tel récit est bien vieux;

Cette histoire est bien commune;

Pourtant il n'est pas une

Qui me mouille plus les yeux.

J'aimai plus tard en poètes,

Par vingt coquettes charmé.

Je n'ai qu'une fois aimé,

Pauvre Colinette!