Vaïna
J. Woets
Une mère traînoit sur le rivage sa fille unique,
pour la vendre aux blancs.
Ô ma mère! ton sein m'a portée,
je suis le premier fruit de tes amours;
qu'ai-je fait pour mériter l'esclavage?
J'ai soulagé ta vieillesse;
pour toi j'ai cultivé la terre,
pour toi j'ai cueilli des fruits,
pour toi j'ai fait la guerre
aux poissons du fleuve;
je t'ai garanti de la froidure;
je t'ai portée, durant la chaleur,
sous des ombrages parfumés;
je veillois sur ton sommeil,
et j'écartois de ton visage les insectes importuns.
Ô ma mère! que deviendras-tu sans moi?
L'argent que tu vas recevoir
ne te donnera pas une autre fille.
Tu périras dans la misère,
et ma plus grande douleur
sera de ne pouvoir te secourir.
Ô ma mère! ne vends point ta fille unique.
Prières infructueuses! Elle fut vendue,
chargée de fers, conduite sur le vaisseau;
et elle quitta pour jamais la chère et douce patrie.