Madrigal lyrique

Jacques Guillaume de Sauville de la Presle

Vous êtes grande de tout un corps charmant

Dont l'ombre est à vos pieds parmi les roses

Qu'effeuillent vos mains en rêvant;

La douce fleur pétale à pétale, se pose

En papillons légers et lents

La tige peu à peu s'envole de sa rose

Et la flûte à l'écho s'accorde dans le vent.

Vous êtes belle de tout un visage qui sourit

De vos yeux clairs qui vous font douce

A votre bouche

Où le sourire en sa grâces'endolorit

Comme l'espoir

Qui lèvre à lèvre joint et touche

Les lèvres de la tristesse qui lui sourit en son miroir.

La flûte avec le vent s'est tue au fond du soir.

Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours

Qui, un à un, vers vous s'en viennent

Menant l'amour

Nu dans sa robe d'or et de laine

Avec sa gourde et son diadème

A vos roses il mêlera ses épis lourds

Et, pas à pas, la main dans la sienne,

Vous irez vers l'aurore et dans la nuit sereine

Où s'est brisée avec le vent ma flûte vaine

Vous entendrez

Une à une sous les roses et les cyprès

Chanter dans l'ombre les fontaines.