Puisqu'ici-bas toute âme

Jean-Baptiste Faure

Puisqu'ici-bas toute âme

Donne à quelqu'un

Sa musique, sa flamme,

Ou son parfum ;

Puisqu'ici-bas

chaque

chose

Donne toujours

Son épine ou sa rose

A ses amours ;

Puisqu'avril

donne aux chênes

Un bruit charmant ;

Que la nuit donne aux peines

L'oubli dormant.

Puisque l'air à la branche

Donne l'oiseau ;

Que l'aube à la pervenche

Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive

S'y reposer,

L'onde amère à la rive

Donne un baiser ;

Je te donne, à cette heure,

Penché sur toi,

La chose la meilleure

Que j'ai en moi !

Reçois donc ma pensée,

Triste d'ailleurs,

Qui, comme une rosée,

T'arrive en pleurs !

Reçois mes voeux sans nombre,

O mes amours !

Reçois la flamme ou l'ombre

De tous mes jours !

Mes transports pleins d'ivresses,

Pur de soupçons,

Et toutes les caresses

De mes chansons !

Mon esprit qui sans voile

Vogue au hazard,

Et qui n'a pour étoile

Que ton regard !

Ma muse, que les heures

Bercent rêvant

Qui, pleurant quand tu pleures,

Pleure souvent !

Reçois, mon bien céleste,

O ma beauté,

Mon cœur, dont rien ne reste,

L'amour ôté !