La Sieste
Jean-Baptiste Théodore Weckerlin
N'ouvrez pas encor les yeux,
Ma belle dormeuse;
Le soleil est radieux,
Et vous radieuse.
Écoutez, tout en dormant,
Ce que je vous charité
Je chanterai doucement,
Dormez, ma charmante!
Dormez dans votre beauté
Bercez-vous d'un songe.
Mieux que la réalité
Vaut un beau mensonge.
Quand vous vous réveillerez,
Ma petite reine,
Nous irons où vous voudrez
Que l'amour nous mène.
Nous prendrons, si vous voulez,
Auprès de l'église
La route à travers les blés,
Quand viendra la brise.
Ou bien les petits sentiers
Autour du village,
Où saules et peupliers
Bordent le rivage.
Si nous trouvons en chemin
Une batelière,
Nous irons jusqu'au moulin
Qui bat la rivière;
Nous nous arrêterons là.
Plus tard, quand on passe,
On se souvient... Tout cela
Dans le cœur se place.
Il est mille endroits fleuris,
Ou gais, ou pleins d'ombre;
Il est toujours, près Paris,
Des jardins sans nombre.
Nous irons dîner, joyeux,
Sous quelque tonnelle...
N'ouvrez pas encor les yeux,
Dormez, ô ma belle!