Amourette
Julien Tiersot
Petite Nymfe folatre,
Nymfette que j'idolatre,
Ma mignonne dont les yeus
Logent mon pis et mon mieus:
Ma doucette, ma sucrée,
Ma grace, ma Citherée,
Tu me dois pour m'appaiser
Mille fois le jour baiser.
Tu m'en dois au matin trente
Puis après disner cinquante,
Et puis vingt après souper.
Et quoy! Me veux-tu tromper?
[Avance mes quartiers, belle,
Ma tourtre, ma colombelle;
Avance-moy les quartiers
De mes payments tous entiers.]
Demeure; où fuis-tu, maistresse?
Le desir qui trop me presse
Ne sçauroit arrester tant
S'il n'est payé tout contant.
Revien, revien, mignonette,
Mon doux miel, ma violette,
Mon oeil, mon coeur, mes amours
Ma cruelle, qui tousjours
Trouves quelque mignardise
Qui d'une douce feintise
Peu à peu mes forces fond,
Comme on void dessus un mont
S'escouler la neige blanche,
Ou comme la rose franche
Perd le [vermeil de son teint,
Des rais du soleil] attaint.
Où fuis-tu, mon angelette,
Mon diamant, ma perlette?
Là reviens, mon sucre doux,
Sur mon sein, sur mes genoux,
Et de cent baisers appaise
De mon coeur la chaude braise.
Donne-m'en bec contre bec,
Or' un moite, ores un sec,
Or' un babillard, et ores
Un qui soit plus long encores
Que ceux des pigeons mignars,
Couple à couple fretillars.
Hà là! ma douce guerrière,
Tire un peu ta bouche arrière:
Le dernier baiser donné
A tellement estonné
De mille douceurs ma vie
Qu'il me l'a presque ravie,
Et m'a fait voir à demy
Le nautonnier ennemy
Et les plaines où Catulle,
Et les rives où Tibulle,
Pas à pas se promenant,
Vont encores maintenant
De leurs bouchettes blesmies
Rebaisottans leurs amies.