Kepler mourant
L. Abadie
Chambre voûtée où le jour entre à peine,
Et dont l'aumône a meublé les parois,
C'est son réduit: sur un fauteuil de chêne
Kepler mourant fait entendre sa voix:
A son banquet quand la mort me convie,
D'un pain amer est-ce pour me nourrir?
Au fond des cieux moi qui passai ma vie,
Dans les soleils n'irai-je pas mourir!
Combien de fois mon âme en sentinelle,
Aux vents des nuits au sommet d'une tour,
Suivit de Dieu la pensée éternelle
Dans les rayons d'une étoile d'amour,
J'ai mesuré sous la voute infinie
L'orbe d'azur qu'elle va parcourir,
Au fond des cieux moi qui passai ma vie,
Dans les soleils que n'ai je pu mourir.
Adieu soleil, adieu belle nature,
Toi qu'ici bas j'admirai tant de fois!
Adieu du ciel sphérique architecture,
Dont l'Eternel m'a confié les lois;
Ma voix se meurt, mon cœur le magnifie,
Il me répond à mon dernier soupir.
Au fond des cieux toi qui passas ta vie,
Dans les soleils tu ne peux pas mourir.