Je danserai ou je bouderai

L. Amat

Me priver d'un plaisir suprême,

C'est, monsieur, par trop conjugal!

Vous osez me dire: « Je t'aime, »

Et refusez d'aller au bal!

Jadis, quand je parlais de danse,

Votre amour n'était point froissé,

Et jamais vous n'auriez laissé

Sans moi passer la contredanse.

Mais je danserai

Ou je bouderai,

Pour vous déplaire!

Non, non, ce qu'on m'interdit,

Je brûle de le faire!

Voyez donc ma colère,

J'en pleure de dépit!

Ne suis-je plus aussi jolie,

Que pour vous je l'étais bier?

De vos serments je vous délie,

Si de moi vous n'êtes plus fier!

Quoi! vous dites encor: «Je t'aime, »

Et sans crainte de me blesser,

Monsieur, refusez de valser!

Ah! votre amour est un problème!

Mais je danserai

Ou je bouderai,

Pour vous déplaire!

Non, non, ce qu'on m'interdit,

Je brûle de le faire!

Voyez donc ma colère,

J'en pleure de dépit!

Vous vous taisez? alors, d'un autre

Souffrez que j'accepte le bras,

Car, je le vois, m'offrir le vôtre,

Vous ferait mourir d'embarras!

Comment, votre voix me supplie

De ne valser, vrai, qu'avec vous?

Ah! monsieur, vous étiez jaloux?

C'est mal, très mal, et pour que je l'oublie:

Oui, vous valserez,

Puis vous polkerez

La nuit entière!

Non, non, vous n'aurez de répit

Qu'en dansant la dernière,

Dussiez-vous, je l'espère,

En sécher de dépit!