L'oubli fait mourir

L. Amat

Oh! pourquoi te parer

Pour la fête joyeuse?

Livre aux sombres pensers

Ta pauvre âme rêveuse,

Car l'amour est menteur

Et rit de la douleur.

Va jeune fille un jour,

De cruelles alarmes

Terniront ce beau front,

Orné de tant de charmes.

Aimer ici-bas fait souffrir!

L'oubli lentement fait mourir.

Non, ne vas pas goûter

Les plaisirs de ton âge;

Sous ce ciel azuré

Vois cet épais nuage,

Qui semble menacer,

De tout nous enlever.

Hélas! tel est enfant,

Le secret de la vie,

Elle offre de beaux jours;

Oh! fuis, ange chérie.

Aimer ici-bas fait souffrir!

L'oubli lentement fait mourir.

Mais, elle ne crut pas

La triste expérience,

Elle donna son cœur,

Ignorant la souffrance,

Et bientôt ses beaux yeux

Tristement vers les cieux

Disaient en répandant

Des larmes bien amères:

Adieu, plaisirs d'un jour,

Adieu, douces chimères!

Aimer ici-bas fait souffrir!

L'oubli lentement fait mourir.