Les Trois Couronnes
L. Amat
Quand j'étais jeune et gentillette,
Que le printemps charmait mes yeux!
Avec la blanche pâquerette
Se couronnait mon front joyeux.
Puis nous allions, près du village,
Danser gaiment dans la forêt,
Et notre mère souriait
En nous tenant ce doux langage:
«Amusez-vous, mes chers enfants,
Profitez de votre jeunesse!
Car le plaisir qui vous caresse
Passe si vite avec le tems! »
Un peu plus tard, bonheur suprême,
Une couronne d'oranger
Vint se poser en diadème,
De l'avenir doux messager.
Et puis, dans notre heureux ménage,
Chacun pour l'autre alors priait,
Et notre mère souriait
En nous tenant ce doux langage:
«Aimez-vous bien, mes chers enfants,
Profitez de votre jeunesse!
Car la beauté, sans la tendresse,
Passe si vite avec le tems! »
Maintenant une autre couronne
Neige mon front de blancs cheveux;
Aussi faut-il que je vous donne
Et mes conseils et mes adieux!
Priez toujours, n'importe l'âge,
Priez, priez, faites le bien
Et donnez à ceux qui n'ont rien
Et leur tenant ce doux langage:
« Adorez Dieu, petits et grands!
Il bénira votre vieillesse:
Car son amour et sa tendresse
Jamais ne passent pas avec le tems! »