Émigration des Alsaciens
L. Bordèse
Nous sommes la pauvre famille
Emigrant vers d'autres climats,
Nous n'emportons pour pacotille
Que notre courage et nos bras.
Des bonnettes à la grande voile
Jusqu'au dernier pouce on a pris
Tout ce qu'on peut prendre de toile
Sur le trois mâts des deux amis.
De la proue au lion sculptée
Le navire entrouve dans l'eau
Un sillon d'écume argentée
Nous avons le vent et le flot
Les falaises diminuées
Disparaissent dans le brouillard
On ne voit plus que les nuées
Et l'Océan de toute part
Isolé sur la mer immense
Plus d'un qui s'embarqe joyeux
Sent la tristesse qui commence
A mettre de l'eau dans les yeux.
Pélerins que les astres mènent
Tous les âges sont dans nos rangs
Ceux qui s'en vont et ceux qui viennent
Les aieules et les enfants.
Dans nos campagnes désolées
Il ne reste que les perclus
Les colombes sont envolées
De nos toits qui ne fument plus.