Ô mes cloches du soir
L. Bordèse
Ô mes cloches du soir, sonnez à mon oreille,
Sonnez, sonnez encore, ô mes cloches d'amour!
Mon cœur s'ouvres à vos voix, comme la fleur vermeille
S'ouvre aux baisers du jour!
Le soleil a baissé: c'est l'heure
D'amertumes et de peril
Où la tristesse nous effleure,
Où l'étranger s'arrête et pleure
Sur la m ontagne de l'exil.
C'est l'heure de la reverie,
C'est l'heure de l'isolement,
Où sur chaque lèvre qui prie
Le nom céleste de Marie
Vient de lui-même doucement.
Ô la première entre les femmes
Qui de là haut veillent sur nous,
Ô patronne des chastes flammes,
À qui s'adresseraient les âmes,
Si ce n'était d'abord à vous?
Mais le doux angélus qui tinte,
Et qui s'assoupit par degré,
Me rappelle une voix éteinte,
Me rappelle une rose atteinte
Par un souffle prématuré.
Hélas! hélas! Ma beauté frêle
Entend-elle sous son linceul
Cette cloche triste et fidèle
Qu'autrefois j'écoutais près d'elle,
Que maintenant j'écoute seul?
Ô mes cloches du soir, sonnez à mon oreille,
Sonnez, sonnez encore, ô mes cloches d'amour;
Mon cœur s'ouvres à vos voix, comme la fleur vermeille
S'ouvre aux baisers du jour!