Pétrarque

L. Bordèse

Du village de Vaucluse

L'amant de Laure en ces lieux

En s'éloignaut de sa muse

Fit retentir les échos:

Ô toi, qui plaint le délire

Où Laure a plongé mes sens,

Rochers qu'attendrit ma lyre

Redis encor mes accents.

En répondant à ma plainte

Rochers, vous avez appris

Quelles sont les vœux et les plaintes

D'un cœur tendre et bien épris.

Dites-lui que de ses charmes

Tous mes sens sont occupés,

Dites-lui que de mes larmes

Toujours mes yeux sont trempés.

Dites-lui que son image

Me suivra dans mon sommeil

Et recevra pour hommage

Le soupir de mon réveil.

Que mon oreille attentive

Croira sans cesse écouter

Les sons que sa voix plaintive

Vous fit cent fois répéter.

Mais si Laure m'est ravie

Si je ne dois plus la voir,

Je perdrai bientôt la vie

Quand j'aurai perdu l'espoir.

Puisse la Parque ennemie

Me laisser, après ma mort,

Préférer à l'Elisée

Les ombrages de ce bord!