La Fiancée du déserteur

L. Clapisson

Je crois l'entendre encor, la jeune infortunée,

la fiancée du déserteur,

le cœur brisé pleurant sa triste destinée

exhaler ainsi sa douleur:

Il me disait: Oh ma belle maitresse,

soyons heureux qu'importe l'avenir,

quand tu me rends tendresse pour tendresse

sans les pleurer, mes jours pourront finir.

Ami, tais toi! Par de vaines allarmes,

pourquoi troubler notre félicité?

Ah, j'ignorais qu'àbandonnant ses armes,

pour me voir il avait déserté.

Qoi déserté, mais ce mot est terrible,

c'est un erreur, oh no, cela n'est pas!

Eh mais alors par quel ordre inflexible

est on venu l'arracher des mes bras!

Il aimait trop, barbares que vous êtes,

c'est donc un crime osez le proclamer?

Il s'est soustrait à la loi que vous faites

pour obéir à Dieu, qui dit d'aimer.

Vous que la loi cruelle appelle

à nous juger, je dis nous, voyez vous:

N'avez vous pas pour sentir ma detresse

une maitresse

et là sous votre croix d'honneur

un cœur, n'avez pas un cœur?

Ah, si ce cœur toujours de glace

n'a pas d'un serment qui l'enlace

senti l'irresistible loi,

pensez que dans votre famille,

votre sœur ou bien votre fille

peut être aussi malheureuse que moi!

Quoi vous partez et de'honneur et de gloire

il fallait donc pour ce farouche honneur

qu'il devint traitre et perdit la mémoire

de ce serment qu'avait juré son cœur!

Tout fier alors de sa noble prouesse,

il vous eut dit riez de son malheur;

J'ai délaisse fait mourir ma maitresse,

n'est pas vrai c'eutété de l'honneur.

Dans ce moment ce tribunal sévère

va prononcer, oh, quel terrible jour.

Terrible? Non, plutôt heureux j'espère

ils auront eu pitié de notre amour.

Silence - on vient - d'effroi mon sang glace,

sur son destin le ciel a-t-il veillé?

Parlez vous, m'apportez sa grace?

Il m'est rendu, n'est ce pas? Fusilé!

Cet arret pour tous deux mortel,

à la terre hélas l'aravie

elle aussi déserta la vie

pour s'unir à lui dans le ciel!