Mon Lit
L. Clapisson
Sait-on pourquoi, pauvre poète,
j'aime tant ce lit de noyer?
C'est qu'à lui seul, dans ma chambrette,
il me tient lieu de mobilier,
ma table et ma dernière chaise,
on a pu les prendre, à loisir,
mais, cher huissier, ne t'en déplaise,
défense à toi de le saisir
mon lit, mon lit, mon pauvre lit,
mon lit solitaire
de célibataire,
par qui je suis heureux, la nuit!
Le vent à l'entour de ma chambre,
a beau faire sa grosse voix;
sous mes rideaux, même en décembre,
je me ris du marchand de bois.
Oh! quand il neige, quand il gèle,
quand sur le toit, mon seul plafond,
j'entends la pluie, ou bien la grêle,
comme alors tu me sembles bon
mon lit etc.
Là, d'une main, je prends un livre -
l'autre, au besoin, tient l'éteignoir -
de vers, de prose, je m'enivre,
en suite, je me dis: Bon soir.
Et quand le jour qui vient à luire
surprend mon âme qui rêvait,
à mon réveil, pour me sourire,
le soleil dore ton chevet,
mon lit etc.
Durant le jour, je perds courage,
plus de repos, de liberté!
A chaque pas, je n'envisage
qu'une triste réalité.
Avec toi, de rians mensonges
bercent mon cœur émerveillé,
et, pour faire suite à mes songes,
j'ai mes rêves, tout éveillé
mon lit etc.
Si l'amitié plaint mes alarmes,
toi, tu me consoles bien mieux;
le soir, pour arrêter mes larmes,
doucement tu fermes mes yeux.
Pour la douleur le meilleur hôte,
le seul abri c'est le sommeil
et, si je médite une faute,
la nuit, tu me portes conseil
mon lit etc.
Vers un but, vers une espérance,
lorsque j'ai couru vainement,
je m'endors avec confiance;
le bien, dit-on, vient en dormant.
La fortune, je l'imagine,
viendra me prendre entre deux draps,
en attendant mieux, qui dort dine
et je te dois plus d'un repas,