Le chant du berceau

L. Fortin

Cher petit être,

Doux cœur fermé,

Qui viens de naître

Pour être aimé,

Frèle merveille,

Tout mon bonheur,

Sur toi je veille,

J'ai soin! j'ai peur!

Pour toi ton bon ange

Priera le Seigneur.

Dors dans ton lange.

Dors sur mon cœur.

Clos ta paupière,

Enfant chéri;

Mon cœur de mère

Tremble à ton cri.

Le sommeil passe

Sur tes beaux yeux;

O qu'il te fasse

Revoir les cieux!

Pour toi ton bon ange

Y parle au Seigneur.

Dors dans ton lange,

Dors sur mon cœur.

Dieu prend lui-même

Dans son trésor,

Et, sur toi, sème

Les rêves d'or;

Ton berceau frêle,

Voilé d'azur,

Te semble l'aile

D'un esprit pur.

C'est l'aile d'un ange

Priant le Seigneur.

Dors dans ton lange

Dors sur mon cœur.

Le songe emporte

Ton cœur épris

Jusqu'à la porte

Du Paradis

La Vierge embrasse,

En ton sommeil,

Pleine de grâce,

Ton front vermeil;

Porté par ton ange,

Tu vois le Seigneur.

Dors dans ton lange,

Dors sur mon cœur.

Le ciel te crie:

« Cœur ingénu,

« Dans ta patrie

« Sois bienvenu!... »

Songe funeste!

Enfant, si Dieu

Te disait: « Reste

« Dans mon ciel bleu! »

Reviens, ô mon ange!

Reviens, car j'ai peur!

Dors dans ton lange

Dors sur mon cœur.

Mais tu t'éveilles,

Sans pleurs, sans cris;

Tu m'émerveilles

Par un souris.

Joyeux du rêve,

Ton grand œil noir

S'ouvre et s'élève

Pour mieux me voir.

Enfant, ton bon ange

A prié pour toi.

Sors de ton lange

Et souris-moi.