Les deux colombes

L. Gastinel

Là-haut, dans les cieux limpides,

Ensemble voyez errer

Ces deux colombes rapides,

Que rien ne peut séparer.

Dans l'azur que l'aube enflamme

Elles montent, blanches sœurs;

Elles n'ont qu'une seule âme,

Une seule âme en deux cœurs.

Vers un unique rivage

Tend leur essor hasardeux;

Quand vient à gronder l'orage,

Elles tremblent toutes deux.

Pour toutes deux la fortune

N'a qu'un seul destin écrit;

Que la foudre frappe l'une,

L'autre avec elle périt.

Toutes deux elles partagent

Le grain des petits oiseaux,

Et toutes deux se dégagent

Des piéges et des réseaux.

L'une au col de l'autre essuie,

Avec mille soins charmants,

Les froides gouttes de pluie

Qui roulent en diamants.

Le même accord harmonise

Leur hymne de chaque instant,

Hymne de l'homme incomprise,

Mais que le Seigneur entend.

Et leur existence entière,

Sortant du monde réel,

Plane, comme une prière,

Entre la terre et le ciel.

Frère et sœur qui, l'un sans l'autre,

Ne pouvez vivre un seul jour,

Ce doux emblème est le vôtre,

Ce doux emblème d'amour.

Ainsi, dans vos âmes d'ange,

Maux ou biens de l'amitié

Se fondent en un échange

Où chacun a sa moitié.

Allez, colombes fidèles;

Que dans un ciel calme et pur,

Dieu, pour déployer vos ailes,

Vous donne un limpide azur!

Que toujours il vous contemple

D'un regard clément et doux;

Et moi j'irai dans le temple,

J'irai le prier pour vous.