À l'absente

L. Gouvy

Loin de toi, loin des beaux yeux

d'où rayonne ma vie,

mes pensers, mes vœux,

partout, sans cesse, t'ont suivie.

Et la voix des jours heureux

en mon cœur soupire encore:

«A tes genoux vivre est si doux,

si doux pour l'amant qui t'adore! »

Ce bonheur que j'ai vu fuir

avec toi, chère idole,

comme un enivrant souvenir,

me console.

Et la nuit, un songe d'or,

o charmant délire!

Emporte mon tendre essor

où luit ton sourire.

Mais hélas! désespéré

par l'exil que j'endure,

de mon cœur navré

s'exhale un douloureux murmure.

Ange imploré,

n'entends tu pas ma voix gémissante!

Viens à moi qui meurs sans toi:

Rends-moi mon âme absente!

Fleur d'amour, je t'attends;

ma vie en son printemps

s'eteint languissante.