En Septembre

L. Lehmann

Les petites fleurs du fossé,

Renoncules et marguerites,

Ont des sourires du passé

Et de vieux airs de choses dites.

Tous les chemins où j'ai goûté

Mes heures tranquilles et douces,

Où j'ai souffert, où j'ai douté,

Avaient de ces fleurs dans leurs mousses.

Chacune est liée à mon cœur,

La plus fraîche et la plus vulgaire,

Comme le rire d'une sœur,

Comme le regard d'une mère.

Je les cueille par les chemins

Quand viennent les jours de septembre,

Et je les porte à pleines mains

Dans les coins obscurs de ma chambre.

Leur gerbe aux reflets attristés,

Par de muettes harmonies,

Me fait songer aux vieux étés,

À toutes les choses finies.

Marguerites et boutons d'or,

Je me dis qu'après tant d'années

L'homme n'a pas appris encor

A rajeunir les fleurs fanées.

Nous guérissons du souvenir

Sans jamais guérir de la vie,

Et les fleurs qui doivent finir

Toujours tiennent l'âme asservie.