Jane Gray

L. Niedermeyer

La pourpre et l'or ont voilé tes attraits;

Enfant pour toi plus de naïve joie;

Le trône est là qui réclame sa proie;

Tes dix-sept ans sont fanés pour jamais.

La Tour noircie attend la souveraine;

Dans ses vieux murs va, comme tes aïeux,

Passer en paix ton premier jour de reine.

Peut-être, hélas! ton dernier jour heureux!

Pourquoi quitter le paisible séjour

Où tu coulais se doucement ta vie;

Tu viens braver le vourroux de Marie;

Ton faible bras porte un sceptre d'un jour;

Sous ce bandeau qui ceint ta jeune tête

La mort te cache une sanglante main

Tremble à l'aspect d'un peuple qui te fête;

Reine aujourd'hui, que seras-tu demain?

C'est fait de toi! la pierre du tombeau

Est sur tes pas à jamais refermée;

Femme si belle, aux doux yeux, tant aimée,

A Dieu ton âme, et ta tête au bourreau.

Le canon gronde, un convoi populaire

Pousse au gibet ton époux malheureux;

La hache attend, Reine baise la terre.

Rejoins Guilford, il monte dans les cieux.