Le Chevalier de Malte

L. Niedermeyer

Je suis d'un nom qu'en Espagne on exalte,

Soldat heureux je brillais à la cour;

Quand je passais les Seigneurs faisaient halte,

Le Roi s'apprête à fêter mon retour.

Mais Dieu le veut et je m'exile à Malte,

Que fait le monde à qui n'a plus l'amour!

Cloîtres saints et guerriers,

C'est en vous que j'espère;

Oh! cachez-moi mon père

Parmi vos chevaliers.

Déjà ta barque à nos rives offerte,

Ô mon amour, l'amenait pour l'autel;

Lorsque la vague à mes yeux s'est ouverte

Pour l'engloutir sous un voile éternel.

L'Espagne est morte et la terre est déserte,

Ton âme attend sur le chemin du Ciel!

Rochers hospitaliers,

C'est en vous que j'espère;

Oh! gardez-moi mon père

Parmi vos chevaliers.

Dans tous mes sens la tempête se lève

Comme l'orage où périt mon trésor.

Ma vie, hélas! n'est plus qu'un triste rêve

Où ton regard luit comme un rayon d'or.

Avec la croix, ah! j'ai besoin du glaive,

Dieu contre toi serait trop faible encore.

Ô combats meurtriers,

C'est en vous que j'espère

La mort, la mort, mon père

Parmi vos chevaliers.