Une Scène des Apennins
L. Niedermeyer
Et cependant cet homme était bon
mais il fut trahi par elle, et alors!...
Amis, en embuscade
Au bas de l'Apennin;
Et moi, la sérénade
Sur le bord du chemin.
Malheur à qui s'arrête
Pour écouter ma voix...
Son argent et sa tête!
C'est cher pour une fois!
Il chante.
»Sous un balcon de Vérone,
La nuit, j'avais les pieds froids;
Ces nuits-là, sous leur couronne,
J'avais grand'pitié des rois. «
-- Quoi! pas un voiturin!
Pas même un pèlerin!
Il chante.
» J'étais pauvre et sans maîtresse,
Quand je vis Térésia;
Elle plaignit ma détresse;
Un seul regard nous lia.
Ses parents au cœur avare
Nous suivaient comme un fléau;
Mais, est-il rien qui sépare
Juliette et Roméo!
»Sous un balcon de Vérone,
La nuit, j'avais les pieds froids;
Ces nuits-là, sous leur couronne,
J'avais grand'pitié des rois. «
-- Chut! chut! n'entends-je pas?...
Oui, la poste, là-bas!
II chante.
» Un jour, toute blanche, aux Carmes,
J'aperçus Térésia;
Elle versa bien... trois larmes...
Puis, elle se maria!
Voilà donc ce qu'on y gagne,
Dis-je alors en me cachant!...
Je m'enfuis dans la montagne,
Et je devins très-méchant!
» Sous un balcon de Vérone,
La nuit, j'avais les pieds froids;
Ces nuits-là, sous leur couronne,
J'avais grand'pitié des rois. «
Un beau landau, parbleu...
Halte-là... Bravi, feu!
Pan! pan! et qu'on soit preste!
Hommes, femmes! c'est bien!
Par saint Pierre, il ne reste
Ni personne, ni rien!
Voyez! l'aubaine est forte!
Mais, que vois-je, à mon tour?
Ciel! Térésia... morte!...
Allons! vive l'amour!...