Les pleurs des femmes

Liszt, Franz

Oh! Pourquoi donc, lorsqu'à leurs routes

Les doux bonheurs ne manquent pas,

Pourquoi donc pleurent-elles toutes,

Ces pauvres femmes d'ici-bàs?

Ne jetez pas sur ce mystère

Votre dédain froid et cruel,

Et par le rire de la terre

N'insultez pas aux pleurs du ciel.

Ce qui soudain déborde en elles,

Nul de vous ne l'éprouverait;

Mais vous laissez ces esprits frêles

Se bercer de leurs deuil secret!

Ce n'est pas crainte involontaire,

Ni regret, ni malheur réel,

Mais par le rire de la terre

N'insultez pas aux pleurs du ciel.

C'est un breuvage de leurs âmes,

Une exigence née ailleurs;

Il faut souvent des pleurs aux femmes

Comme il faut de la pluie aux fleurs.

Arrosé par l'ondée amère

Leur amour fleurit, éternel,

Oh par le rire de la terre

N'insultez pas aux pleurs du ciel.

Savez-vous si ce don suprême

Luit en vain dans d'humides yeux?

Si ce n'est pas un saint baptême,

Un sacrement religieux?

Ne jetez pas sur ce mystère

Votre dédain froid et cruel,

Et par le rire de la terre

N'insultez pas aux pleurs du ciel.