Gesang der Königin Maria Stuart auf den Tod Franz' II

C. Loewe

En mon triste et doux chant

D'un ton fort lamentable

Je jette un oeil tranchant

De perte incomparable

Et en soupirs cuisants

Passe mes meilleurs ans.

Fut-il un tel malheur

De dure destinée

Ni si triste douleur

De dame Fortunée,

Qui mon coeur et mon oeil

Voit en bière et cercueil.

Qui en mon doux printemps,

Et fleurs de ma jeunesse

Toutes les peines sens

D'une extrême tristesse

Et en rien n'ai plaisir

Qu'en regret et désir.

Ce qui m'était plaisant

Ores m'est peine dure

Le jour le plus luisant

M'est nuit noire et obscure

Et n'est rien si exquis

Qui de moi soit requis.

J'ai au coeur et à l'œil

Un portrait et image

Qui figure mon deuil

Et mon pâle visage

De violettes teint

Qui est l'amoureux teint.

Pour mon mal estranger

Je ne m'arrête en place,

Mais je n'ai beau changer,

Si ma douleur j'efface:

Car mon pis et mon mieux

Sont les plus déserts lieux.

Si, en quelque séjour

Soit en bois ou en prés

Soit pour l'aube du jour

Ou soit pour la vesprée

Sans cesse mon coeur sent

Le regret d'un absent.

Si par fois vers les Cieux

Viens à dresser ma veuë,

Le doux trait de ses yeux,

Je vois en une nuë,

Soudain le vois en l'eau,

Comme dans un tombeau.

Si je suis en repos,

Sommeillant sur ma couche,

L'oy qu'il me tient propos,

Je le sens qui me touche

En labeur et requoi,

Toujours est près de moi.

Je ne vois autre objet,

Pour beau qui se présente,

A qui que soit sujet,

Oncques mon coeur consente,

Exempt de perfection

A cette affection.

Mets, chanson, ici fin,

A si triste complainte,

Dont sera le refrain,

Amour vraie et non feinte,

Pour la séparation,

N'aura diminution.