Chanson de Loïc

Louis-Albert Bourgault-Ducoudray

Dès que la grive est éveillée,

Sur cette lande encor mouillée

Je viens m'asseoir

Jusques au soir;

Grand mère de qui je me cache

Dit: Loïc aime trop sa vache

Oh! Oh! Nenni da!

Mais j'aime la petite Anna.

A son tour, Anna, ma compagne,

Conduit derrière la montagne,

Près des sureaux,

Ses noirs chevreaux;

Si la montagne, où je m'égare,

Ainsi qu'un grand mur nous sépare,

Sa douce voix,

Sa voix m'appelle au fond du bois.

Oh! sur un air plaintif et tendre,

Qu'il est doux au loin de s'entendre,

Sans même avoir

L'heur de se voir!

De la montagne à la vallée

La voix par la voix appelée

Semble un soupir

Mêlé d'ennui et de plaisir.

Oui, retenez bien votre haleine,

Brise étourdie, ou dans la plaine,

Parmi les blés,

Courez, volez!

[Ah! La méchante est la plus forte,

Et dans les rochers elle emporte]

La douce voix

Qui m'appelait au fond du bois.

Encore! Encore! Anna, ma belle!

Anna, c'est Loïc qui t'appelle!

Encore un son

De ta chanson!

La chanson que chantent les lèvres,

Lorsque pour amuser tes chèvres,

Petite Anna,

Tu danses ton gai ta-ra-la!

Oh! Te souvient-il de l'yeuse

Où tu montas, fille peureuse,

Quand tout à coup

Parut le loup?

Sur l'yeuse encor, ma mignonne,

Que parmi les oiseaux résonne

Ta douce voix,

Ta voix qui chante au fond du bois!

Mais quelle est derrière la branche

Cette fumée errante et blanche

Qui lentement

Vers moi descend?

Hélas! Cette blanche fumée,

C'est l'adieu de ma bien-aimée,

L'adieu d'amour,

Qui s'élève à la fin du jour.

Mais adieu, contre un vent farouche

Au travers des mes doigts ma bouche

Dans ce ravin

L'appelle en vain;

Déjà la nuit vient sur la lande;

Rentrons au bourg, vache gourmande!

O gui-lan-la!

Adieu donc, ma petite Anna!