Au clos de notre amour

Louis-Marie de Serres

Au clos de notre amour, l'été se continue:

Un paon d'or, là-bas, traverse une avenue;

Des pétales pavoisent

-- Perles, émeraudes, turquoises --

L'uniforme sommeil des gazons verts;

Nos étangs bleus luisent, couverts

Du baiser blanc des nénuphars de neige;

Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges;

Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur;

De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs;

Et, comme des bulles légères, mille abeilles

Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.

L'air est si beau qu'il paraît chatoyant;

Sous les midis profonds et radiants,

On dirait qu'il remue en roses de lumière;

Tandis qu'au loin, les routes coutumières,

Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,

À l'horizon nacré, montent vers le soleil.

Certes, la robe en diamants du bel été

Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté;

Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes,

Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.