Le Ruisseau

M. Bonis

Par les prés en fleurs

le ruisseau s'élance

et les oiseaux y boivent des chansons

égrenant à coups de bec

les perles de l'eau qui, dans ses bonds,

brave leur vol.

Mais dans sa course, parfois lassé,

le pauvret s'arrête et pleure.

Le roc ému devant cette peine,

attendrit son sein,

étreint le ruisseau qui fuit toujours!

O ruisseau si frais et limpide,

où par les soirs, la lune baigne

son front blême, vers quels rivages

bordés d'yeuses

te porte l'élande ton onde?

Où donc vas-tu gentil ruisseau?

Je vais sans but, à ma fantaisie

Comme la pensée et comme le désir...

Je vais à l'inconnu, sans me fixer jamais;

et j'accomplis ma destinée.

A son gré je chante; à son gré je rêve;

ou paresseusement, d'une caresse,

j'enlace le corps charmant d'Amaryllis!