Le vieux village
M. Bosc
Le vieux village était rempli de roses
et je marchais dans la grande chaleur
et puis ensuite dans la grande froideur
de vieux chemins oů les feuilles sendorment.
Puis je longeai un mur long et usé;
cétait un parc oů étaient de grands arbres,
et je sentis une odeur du passé,
dans les grands arbres et dans les roses blanches.
Personne ne devait lhabiter plus...
Dans ce grand parc, sans doute, on avait lu...
Et maintenant, comme sil avait plu,
les ébéniers luisaient au soleil cru.
Ah! des enfants des autrefois, sans doute,
samusčrent dans ce parc si ombreux...
On avait fait venir des plantes rouges
des pays loin, aux fruits trčs dangereux.
Et les parents, en leur montrant les plantes,
leur expliquaient: celle-ci nest pas bonne...
cest du poison... elle arrive de lInde...
et celle-lŕ est de la belladone.
Et ils disaient encore: cet arbre-ci
vient du Japon oů fut votre vieil oncle...
Il lapporta tout petit, tout petit,
avec des feuilles grandes comme longle.
Ils disaient encore: nous nous souvenons
du jour oů loncle revint dun voyage aux Indes;
il arriva ŕ cheval, par le fond
du village, avec un manteau et des armes...
Cétait un soir dété. Des jeunes filles
couraient au parc oů étaient de grands arbres,
des noyers noirs avec des roses blanches,
et des rires sous les noires charmilles.
Et les enfants couraient, criant: cest loncle!
Lui descendait avec son grand chapeau,
du grand cheval, avec son grand manteau...
Sa mčre pleurait: ô mon fils... Dieu est bon...
Lui, répondait: nous avons eu tempęte...
Leau douce a bien failli manquer ŕ bord.
Et la vieille mčre le baisait sur la tęte
en lui disant: mon fils tu nes pas mort...
Mais ŕ présent oů est cette famille?
A-t-elle existé? A-t-elle existé?
Il ny a plus que des feuilles qui luisent,
aux arbres drôles, comme empoisonnés...
Et tout sendort dans la grande chaleur...
Les noyers noirs pleins de grande froideur...
Personne lŕ nhabite plus...
Les ébéniers luisent au soleil cru.