Le rossignol

M. de Rothschild

Dans un buisson de roses

Mon nid fut bien caché;

Mais, sous les fleurs écloses,

Amour m'a déniché.

Il courut au bocage,

Léger et triomphant.

J'eus pour première cage

Les doigts du bel enfant.

J'ai reçu la becquée

Sur le bout de son dard;

Ma langue y fut piquée

Par le dieu babillard.

Aussi ma voix subtile,

En tout cœur, dès ce jour,

S'insinue et distille

Un doux venin d'amour,

Et ma gorge en délire,

Dans ses brillants fredons,

De l'amoureuse lyre

Sait prendre tous les tons.

Je veux chanter encore

Ma joie et mes ennuis;

Je chante avec l'aurore,

Je chante avec les nuits.

Je défie et méprise

Fauvettes et pinsons,

Et la mort seule épuise

Mon cœur et mes chansons.

J'aime une fleur nouvelle,

La rose qui m'entend;

J'aime, et je veux, près d'elle,

Expirer en chantant.