Noël de France

M. Dupré

Pour endormir Dieu nouveau-né

Sur sa pauvre couchette

Un Angelet s'est incliné

Préparant sa musette:

« Enfant divin, » dit l'Angelet,

« Puis-je savoir l'air qu'il vous plaît »

Ouïr de préférence?

Et, dans un sourire charmant,

L'Enfant lui répond doucement:

«

C'est un Noël de France

»

L'Angelet, de ce choix divin

N'a pas saisi la cause:

Mais l'amour, il le pense bien,

Est là pour quelque chose.

Alors, suppliant et discret,

Il lui demande le secret

De cette préférence:

« Angelet, n'as-tu pas appris »,

Dit l'Enfant, « que j'ai deux pays,

Le Ciel et puis la France

, »

« Oui, vôtre il fut au temps jadis:

Seigneur, il devait l'être,

La France était au paradis

Quand vous étiez son maître. »

L'ange se tut...Jésus pleurait...

Et tout ensemble il souriait.

Était-ce à l'espérance?

Oui, car sa Mère a dit tout bas:

« Ô mon doux Fils, ne pleurez pas,

Je vous garde la France

. »

Et l'Angelet, près du berceau,

Chante Noël de France,

Et Jésus le trouve si beau

Qu'il lui dit: « Recommence! »

Ses yeux se fermèrent pourtant

Et l'Angelet plus doux, chantant.

Redisait sa romance,

Bercé par ce chant qu'il aimait,

L'Enfant-Dieu crut qu'Il s'endormait

Dans les bras de la France.

Et lorsque les Rois d'Orient

Y furent dès l'aurore,

L'Enfant leur dit, en souriant:

« J'attends quelqu'un encore. »

On le vit tressaillir soudain

Il écoutait un chant lointain,

Un beau chant de vaillance.

L'Angelet dit: « Qui vient là-bas? »

L'Enfant ouvrit les bras,

Et répondit: « La France! »