Les Étoiles mortelles

M. Jaeger

Un soir d'été, dans l'air harmonieux et doux,

Dorait les épaisses ramures;

Et vous alliez, les doigts rougis du sang des mûres,

Le long des frênes et des houx.

O rêveurs innocents, fiers de vos premiers songes,

Cœurs d'or rendant le même son,

Vous écoutiez en vous la divine chanson

Que la vie emplit de mensonges.

Ravis, la joue en fleur, l'œil brillant, les pieds nus,

Parmi les bruyères mouillées

Vous alliez sous l'arome attiédi des feuillées

Vers les paradis inconnus.

Et de riches lueurs, comme des bandelettes,

Palpitaient sur le brouillard bleu,

Et le souffle du soir berçait leurs bouts en feu

Dans l'arbre aux masses violettes.

Puis, en un vol muet, sous les bois recueillis,

Insensiblement la nuit douce

Enveloppa, vêtus de leur gaine de mousse,

Les chênes au fond des taillis.

Hormis cette rumeur confuse et familière

Qui monte de l'herbe et de l'eau,

Tout s'endormit, le vent, le feuillage, l'oiseau,

Le ciel, le vallón, la clairière.

Dans le calme des bois, comme un collier divin

Qui se rompt, les étoiles blanches,

Du faite de l'azur, entre les lourdes branches,

Glissaient, fluides et sans fin.

Un étang solitaire, en sa nappe profonde

Et noire, amoncelait sans bruit

Ce trésor ruisselant des perles de la nuit

Qui se posaient, claires, sous l'onde.

Mais un souffle furtif, troublant ces feux épars

Dans leur ondulation lente,

Fit pétiller comme une averse étincelante

Autour des sombres nénuphars.